Démarche artisitique

Ma passion pour la peinture

La peinture est ma passion, elle me libère et me permet de sentir qui je suis dans mon être profond. La pratique de la peinture est pour moi l’occasion de déployer toute l’étendue de ma curiosité, de mettre en couleurs mon goût de l’aventure, et de faire jaillir toute la palette de mes sentiments les plus intimes: l’amour, la joie, la colère, la révolte, la paix, la frustration….

Peindre, pour moi, c’est rendre visible l’invisible. C’est faire une plongée dans les abysses de l’âme et du cœur afin d’exposer son tumulte intérieur, qui est souvent celui de tous, aux yeux de ceux qui ont appris à regarder avec le cœur. A chaque fois que je peins, je réalise après coup que ce sont, mystérieusement et comme par magie, toutes mes émotions du moment qui se concentrent dans l’objet de ma peinture, fût-il l’objet le plus banal.

Aussi, je vis la peinture comme une courageuse aventure qui consiste à mettre en forme chromatique tout notre chaos intérieur avec courage, excès même et beaucoup de recherche et d’exigence technique. Dans ce processus créatif, je tends à chevaucher mon inspiration et à gambader avec elle pour partir à l’exploration d’horizons nouveaux et  à créer du neuf. Créer du neuf, pour moi, ne consiste pas à créer ex nihilo, c’est créer une œuvre qui ressemble à son créateur. Je dirai à la suite de Montaigne, parlant de ses Essais: „Je suis moi-même entière dans chacune de mes œuvres“.

Dans mon expérience de peintre, armée d’un  pinceau, d’une  brosse, d’une spatule et d’un rouleau, je n’exclus aucun matériau: sable,  café, charbon, mastique,  craie,  rouille, peinture acrylique, tout peut alchimiquement  se transfigurer et transfigurer ainsi les objets du réel. C’est l’essence même de la peinture que cette capacité de transfigurer les choses d’une manière interminable pour épouser la matière même du vivant : l’impermanence de tout.

Et c’est peut être ce sentiment profond d’impermanence des êtres et des choses qui fait que pour moi un tableau n’est jamais achevé. Rétive à toute idée de figement, il m’arrive souvent de reprendre d’anciens tableaux et de les retravailler, refaçonner, raviver et, littéralement, les remobiliser (leur impulser du mouvement). Je les repeins, j’y ajoute de nouveaux matériaux et laisse s’opérer la magie du jaillissement de quelque chose de neuf. Je suis souvent fascinée de voir les traces des couches inférieures faire trembler les limites,  donnant ainsi un ton excitant et surprenant.

J’aime me faire surprendre en peignant. J’aime cette expérience du dédoublement, cette déchirure qui ne se referme qu’une fois les couleurs de l’âme ont quitté l’ombre
pour la lumière.

Votre intérêt pour ma peinture me conforterait dans l’heureux
sentiment qu’en peignant, mes couleurs ne disent pas „je“ mais
qu’elles disent plutôt „nous“. „Je est un autre“ disait Arthur
Rimbaud. C’est valable en poésie. Et c’est valable en peinture.

Lamia Kacem